Cour de cassation, 25 novembre 1992. 91-82.640
Juridiction :
Cour de cassation
Numéro de pourvoi :
91-82.640
Date de décision :
25 novembre 1992
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Débloquer le résumé IATexte intégral
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE CRIMINELLE, en son audience publique tenue au Palais de Justice à PARIS, le vingt-cinq novembre mil neuf cent quatre vingt douze, a rendu l'arrêt suivant :
Sur le rapport de M. le conseiller référendaire LOUISE, les observations de Me ANCEL, avocat en la Cour, et les conclusions de M. l'avocat général PERFETTI ;
Statuant sur le pourvoi formé par :
LA SOCIETE ACTIVAL INTERNATIONAL, partie civile,
contre l'arrêt n° 2 de la cour d'appel de PARIS, 13ème chambre, en date du 14 mars 1991, qui l'a déboutée de ses demandes après relaxe de José A... ELVIRA du chef de tromperie sur les qualités substantielles de la marchandise vendue ;
Vu le mémoire produit ;
Sur le moyen unique de cassation pris de la violation des articles 1er de la loi du 1er août 1905, 4 d du décret n° 55-241 du 10 février 1955, 591 et 593 du Code de procédure pénale, défaut de réponse à conclusions ;
"en ce que l'arrêt attaqué a relaxé Sagredo-Elvira des fins de la poursuite et a débouté la partie civile de ses demandes, fins et conclusions ;
"aux motifs que "de première part, qu'il n'est pas établi par les pièces de la procédure que 25 % du lot de conserves présentaient des traces extérieures d'altération de nature à rendre le lot non commercialisable, conformément aux dispositions de l'article 4 du décret n° 55-241 du 10 février 1955 ; qu'il est surprenant que la société Actival, alors qu'il n'y avait aucune urgence particulière, les denrées alimentaires n'étant pas spécialement altérables, ait fait procéder à une expertise le 28 décembre 1982 par Michel X..., ingénieur expert, à Saint-Leu d'Esserent (60), sans que José Luis A... ou un de ses fondés de pouvoir, ait été à même d'y assister puisque la lettre recommandée adressée le 23 décembre 1982 ne lui a été remise que le 31 décembre 1982 ; que l'on se demande pour quelles raisons la société Actival n'a pas fait constater par huissier le mauvais état externe de la livraison et n'ait pas, dans les plus brefs délais, informé les services de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes si elle estimait avoir été trompée ; qu'il apparaît pour le moins curieux que la société Actival n'ait pas, selon les usages commerciaux, retourné la marchandise, allant même, au contraire, jusqu'à commercialiser une partie des boîtes, à savoir, selon ses propres dires, 68 000 sur les 120 000 boîtes expédiées, ainsi que l'a relevé le tribunal de commerce de Paris ; de seconde part, que le fait de livrer des boîtes de conserves dont l'emballage, dans sa partie extérieure, était altéré ne saurait constituer une tromperie au sens de l'article 1er de la loi du 1er août 1905 ; qu'en effet, dès lors que le défaut était visible et immédiatement décelable, il ne pouvait y avoir intention d'induire en erreur ; qu'un tel fait n'ouvre droit qu'à des réparations civiles ou commerciales ; que, dès lors, le délit de tromperie n'est pas caractérisé, faute d'élément matériel et d'élément intentionnel" ;
"alors, d'une part, qu'en énonçant, pour déclarer que le délit de tromperie n'était pas caractérisé, qu'il n'était pas établi que 25 % du lot de conserves présentait des traces extérieures d'altération
de nature à rendre le lot non commercialisable, d conformément aux dispositions de l'article 4 du décret n° 55-241 du décret du 10 février 1955 (p. 4 alinéa 1er), bien que ce pourcentage ne concerne que la procédure de retrait de la marchandise et ne constitue en aucune manière une condition du délit de tromperie, la cour d'appel a violé par fausse application l'article 4 du décret du 10 février 1955 et par refus d'application l'article 1er de la loi du 1er août 1905 ;
"alors, d'autre part, qu'en estimant que ne pouvait constituer une tromperie, au sens de l'article 1er de la loi du 1er août 1905, le fait de livrer des boîtes de conserves dont l'emballage dans sa partie extérieure était altéré (p. 4 alinéa 4), sans rechercher, ainsi qu'elle y était invitée par les conclusions de la société Actival International, si, indépendamment des altérations extérieures des boîtes, le délit de tromperie sur les qualités substantielles du produit n'était pas caractérisé en l'espèce du fait d'une non-conformité des produits par rapport aux échantillons (p. 8), de l'existence d'une forte proportion d'asperges avariées ou non conformes aux normes de calibre (p. 9) ou d'une insuffisance de poids de chaque boîte par rapport aux normes applicables (concl. p. 10 alinéas 1 et 3), la cour d'appel a privé sa décision de toute base légale au regard de l'article 1er de la loi du 1er août 1905 et a laissé sans réponse les conclusions de la société Actival International ;
"alors, de troisième part, que, dans ses conclusions d'appel (p. 10 alinéas 4 à 8) la société Actival International faisait valoir qu'elle avait été contrainte de procéder très rapidement à la destruction de la marchandise qui présentait un danger pour le consommateur dans la mesure, d'une part, où elle n'avait pu obtenir du fournisseur espagnol l'assurance que les boîtes litigieuses ne seraient pas commercialisées, d'autre part, que le gérant de la société Actival International était lui-même passible d'une sanction pénale sur le fondement des dispositions de la loi du 1er août 1905, s'il conservait la garde de produits toxiques ou corrompus ; qu'en estimant (p. 4 alinéa 1er) qu'il n'y avait dans cette affaire "aucune urgence particulière", en sorte que la société demanderesse aurait dû attendre l'arrivée de Sagredo-Elvira ou de l'un de ses représentants pour procéder à l'expertise et aurait dû retourner les marchandises en Espagne, la cour d'appel, qui n'a pas examiné le bien-fondé des raisons invoquées par la demanderesse pour justifier son attitude, a laissé sans d réponse les conclusions précitées ;
"alors enfin qu'en énonçant, d'une part, qu'il n'était pas établi que 25 % du lot de conserves présentaient des traces d'altération -ce dont il résultait aux termes de l'article 4 alinéa 5 du décret du 10 février 1955 que le détenteur des lots n'était nullement tenu d'avertir le service de la répression des fraudes- puis en s'étonnant, d'autre part, que la société Actival International "n'ait pas, dans les plus brefs délais, informé les services de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes", alors qu'aux termes mêmes de l'arrêt, la demanderesse n'était nullement tenue de procéder à une telle démarche, la cour d'appel a entaché sa décision d'une contradiction de motifs" ;
Vu lesdits articles ;
Attendu que le délit de tromperie est indépendant des dispositions
de l'article 4 du décret du 10 février 1955 et peut être constitué en cas de vente de conserves quelque soit le pourcentage de boîtes présentant des signes extérieurs d'altération ;
Attendu, en outre, que les juges doivent répondre aux conclusions dont ils sont régulièrement saisis ;
Attendu que, pour relaxer José A... Elvira poursuivi pour tromperie sur les qualités substantielles de boîtes de conserves, les juges du second degré énoncent "qu'il n'est pas établi... que 25 % du lot de conserves" ait présenté" des traces extérieures d'altération de nature à rendre le lot non commercialisable, conformément aux dispositions de l'article 4 du décret n° 55-241 du 10 février 1955" ;
Mais attendu qu'en subordonnant ainsi la commission du délit de tromperie à un élément constitutif qu'il ne comporte pas et en s'abstenant de répondre aux conclusions de la partie civile qui faisait valoir que les signes extérieurs d'oxydation étaient susceptibles de correspondre à une altération des denrées conservées, la cour d'appel a méconnu les principes ci-dessus rappelés ;
D'où il suit que la cassation est encourue ;
Par ces motifs,
CASSE et ANNULE, en toutes ses dispositions, l'arrêt susmentionné de la cour d'appel de Paris, en date du 14 mars 1991, et pour qu'il soit jugé à nouveau conformément à la loi,
RENVOIE la cause et les parties devant la cour d'appel de Paris autrement composée, à ce désignée par délibération spéciale prise en chambre du conseil ;
ORDONNE l'impression du présent arrêt, sa transcription sur les registres du greffe de la cour d'appel de Paris, sa mention en marge ou à la suite de l'arrêt annulé ;
Ainsi jugé et prononcé par la Cour de Cassation, chambre criminelle, en son audience publique, les jour, mois et an que dessus ;
Où étaient présents : M. Le Gunehec président, M. Louise conseiller rapporteur, MM. C..., Jean B..., Blin, Carlioz, Jorda, Mme Baillot conseillers de la chambre, Mmes Y..., Z..., Verdun conseillers référendaires, M. Perfetti avocat général, Mme Ely greffier de chambre ;
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