Texte intégral
COUR D’APPEL DE PARIS
ANNEXE DU TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BOBIGNY
J.L.D. CESEDA
AFFAIRE N° RG 24/02408 - N° Portalis DB3S-W-B7I-ZCD4
MINUTE N° RG 24/02408 - N° Portalis DB3S-W-B7I-ZCD4
ORDONNANCE
sur demande de prolongation du maintien en zone d'attente
(ART L342-1 du CESEDA)
Le 30 Mars 2024,
Nous, Raphaëlle AGENIE-FECAMP, premier vice-président et juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire de BOBIGNY, assistée de Christelle PICHON, Greffière
Vu les dispositions des articles L.342-1 à L.342-11 et R.342-1 à R.342-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
PARTIES :
REQUERANT :
Le directeur de la Police aux Frontières de l'aéroport [3]
représenté par la SELARL ACTIS AVOCATS, avocats au barreau de VAL-DE-MARNE, avocats plaidant, vestiaire : PC001
PERSONNE MAINTENUE EN ZONE D'ATTENTE :
Madame Xsd [Y] [B] (mineure)
né le 03 Mai 2010 à [Localité 1]-GUINÉE
assisté de Me Marine SIMON substituant Me Patrick BERDUGO, avocat au barreau de PARIS, avocat plaidant, avocat choisi
en présence de l’interprète : M [M] , en langue soussou qui a prêté serment à l’audience
en présence de l’administrateur ad’hoc : M [P] [W] de l’association Famille Assistance
Monsieur le procureur de la République, préalablement avisé, n'est pas présent à l'audience.
DEROULEMENT DES DEBATS
A l'audience publique, le juge des libertés et de la détention a procédé au rappel de l'identité des parties.
Suivant les conclusions de nullité qu'il a déposées avant tout débat au fond, Me Marine SIMON, avocat plaidant, avocat de Madame Xsd [Y] [B] (mineure), a été entendu en sa plaidoirie ;
En réplique, la SELARL ACTIS AVOCATS, avocats plaidant représentant l'autorité administrative a été entendu en ses observations;
L'incident a été joint au fond ;
Madame Xsd [Y] [B] (mineure) a été entendue en ses explications ;
AFFAIRE N° RG 24/02408 - N° Portalis DB3S-W-B7I-ZCD4
la SELARL ACTIS AVOCATS, avocats plaidant représentant l'autorité administrative a été entendu en sa plaidoirie ;
Me Marine SIMON, avocat plaidant, avocat de Madame Xsd [Y] [B] (mineure), a été entendu en sa plaidoirie ;
Le défendeur a eu la parole en dernier,
MOTIVATIONS
Attendu que Madame Xsd [Y] [B] (mineure) non autorisé à entrer sur le territoire français le 27/03/2024 à 08:00 heures, a suivant décision du Chef de Service de contrôle aux frontières ou d'un fonctionnaire désigné par lui, en date du 27/03/2024 à 08:00 heures, été maintenu dans la zone d'attente de l'aéroport de [3] pour une durée de quatre jours ;
Attendu qu'à l'issue de cette période la personne maintenue en zone d'attente n'a pas été admise et n'a pas pu être rapatriée ;
Attendu que par saisine du 30 Mars 2024 l'autorité administrative sollicite la prolongation du maintien de Madame Xsd [Y] [B] (mineure) en zone d'attente pour une durée de huit jours ;
Attendu que conformément aux dispositions de l'article 9 du Code de Procédure Civile, il appartient à chaque partie de prouver conformément à la loi les faits nécessaires au succès de sa prétention;
Attendu qu'en application des dispositions de l'article L.342-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le maintien en zone d'attente au-delà de quatre jours à compter de la décision initiale peut être autorisé, par le juge des libertés et de la détention "statuant sur l'exercice effectif des droits reconnus à l'étrangers", pour une durée qui ne peut être supérieure à huit jours;
Attendu qu'en vertu de l’article L.342-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l'autorité administrative expose dans sa saisine les raisons pour lesquelles l'étranger n'a pu être rapatrié ou, s'il a demandé l'asile, admis, et le délai nécessaire pour assurer son départ de la zone d'attente ;
Que l'existence de garanties de représentation de l'étranger n'est pas à elle seule susceptible de justifier le refus de prolongation de son maintien en zone d'attente ;
Attendu que si le juge judiciaire a la faculté de ne pas autoriser la prolongation du maintien en zone d’attente de l’étranger, il ne peut remettre en cause la décision administrative de refus d’entrer et doit s’assurer que celui-ci ne tente pas de pénétrer frauduleusement sur le territoire français et présente des garanties sur les conditions de son séjour mais également de départ du territoire français ;
Attendu que si le délai de maintien en zone d'attente court à compter de la décision administrative de placement dans cette zone, il appartient au juge judiciaire, saisi par l'autorité administrative, de se prononcer comme gardien de la liberté individuelle, sur les irrégularités attentatoires à cette liberté invoquées par l'étranger ;
Attendu qu'aux termes de l'article L342-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile "en cas de violation des formes prescrites par la loi à peine de nullité ou d'inobservation des formalités substantielles, le juge des libertés et de la détention saisi d'une demande sur ce motif ou qui relève d'office une telle irrégularité ne peut prononcer la mainlevée du maintien en zone d'attente que lorsque cette irrégularité a eu pour effet de porter atteinte aux droits de l'étranger »;
Vu la requête du Directeur de la Police Aux Frontières en date du 30 03 2024 accompagnée des pièces jointes suivantes:
- la décision de refus d'entrée et de placement en zone d'attente de l'intéressé notifiée le 27 03 2024 à 08H00 au motif suivant : "n'est pas détenteur de documents de voyage valables""n'est pas détenteur d'un visa ou d'un permis de séjour valable", (passeport guinéen et visa Schengen obtenus indûment)
- la copie du registre mentionnant le placement en zone d'attente, les documents de voyage, la langue utilisée pour communiquer, le nom de l'interprète requis, ainsi que l'avis des droits notifiés: être assisté d'un conseil, d'un interprète, d'un médecin, de communiquer avec un conseil ou toute autre personne de son choix et quitter à tout moment la zone d'attente pour toute destination située hors de France;
- le procès-verbal d'audition en date du 28 03 2024 au terme de laquelle l'intéressée se disait scolarisée à [Localité 1], être venue avec ses frère et soeur rejoindre leur mère domiciliée en FRANCE, leur père étant décédé;
- la copie d'un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance mentionnant que [Y] [B] est née le 03 05 2010 à Dixinn de [F] [B] et [T] [J], ainsi qu'un extrait du registre d'état-civil;
- la copie du passeport guinéen et du visa Schengen délivré par les autorités françaises au nom de [Y] [B] ,
sur la recevabilité de la requête
Vu l’arrêt de la Cour de Justice de l’Union Européenne en date du 8 novembre 2022 référencée C.704/20 ;
Attendu qu'aux termes de l'article L343-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile "l'étranger placé en zone d'attente est informé, dans les meilleurs délais, qu'il peut demander l'assistance d'un interprète et d'un médecin, communiquer avec un conseil ou toute personne de son choix et quitter à tout moment la zone d'attente pour toute destination située hors de France. Il est également informé des droits qu'il est susceptible d'exercer en matière de demande d'asile. Ces informations lui sont communiquées dans une langue qu'il comprend. Mention en est faite sur le registre mentionné au second alinéa de l'article L. 341-2, qui est émargé par l'intéressé.
En cas de placement simultané en zone d'attente d'un nombre important d'étrangers, la notification des droits mentionnés au premier alinéa s'effectue dans les meilleurs délais, compte tenu du nombre d'agents de l'autorité administrative et d'interprètes disponibles. De même, dans ces mêmes circonstances particulières, les droits notifiés s'exercent dans les meilleurs délais."
Qu’aux termes de l’article R342-2 "A peine d'irrecevabilité, la requête est motivée, datée, signée et accompagnée de toutes pièces justificatives utiles, notamment d'une copie du registre prévu au second alinéa de l'article L. 341-2 ".
Attendu que le procès-verbal de mise à disposition ne fait pas partie des pièces justificatives utiles au sens de ce texte, dès lors que les autres pièces de la procédure permettent de vérifier les circonstances du contrôle de l'étranger ainsi que la régularité de la privation de liberté dont il a fait l'objet pendant la période ayant précédé la notification de la décision de placement en zone d'attente;
Attendu qu'en l'espèce, il résulte de la lecture des pièces jointes à la requête que Madame Xsd [Y] [B] (mineure) est arrivée avec ses frère et soeur à l’aéroport de [3] par le vol en provenance de [Localité 1] (GUINEE) du 27 03 "2022" à 05H58, qu’ils se sont présentés au poste de contrôle transfrontalier le même jour à 06H10 (contrôle en porte d'avion), qu'elle a été présentée à l'officier de quart à 07H30 et que la décision de refus d'entrée et de placement en zone d'attente lui a été notifiée à 08H00;
Qu’il en résulte que l’examen de son passeport et de son visa qui se sont avérés obtenus indument, a conduit l’administration à lui notifier sa décision de refus d’entrée 1H50 minutes après le début des opérations de contrôle ce qui constitue un délai cohérent avec les diligences effectuées, au regard du nombre de passagers en provenance du même vol ayant fait l'objet d'un contrôle simultané par les services de la Police Aux Frontières;
Qu’en conséquence et dans le cas d’espèce, le défaut de communication par l’administration du rapport descriptif des opérations de contrôle n’apparaît pas justifier que la requête soit déclarée irrecevable du fait qu’elle n’était pas accompagnée de toutes pièces justificatives utiles tel qu’exigé par les dispositions réglementaires sus rappelées, la rédaction et la communication d’un tel rapport n’apparaissant pas essentielles à permettre le contrôle par le juge de céans devant porter sur la régularité de la privation de liberté de l'étranger pendant la période ayant précédé la notification de la décision de placement en zone d'attente ;
Que la requête sera donc déclarée recevable;
sur le moyen d'irrégularité tiré de l'absence d'interprète
Attendu que le conseil fait valoir à l'audience qu'il s'est rendu compte en entretien que les mineurs s'exprimaient difficilement en langue française, raison pour laquelle ils ont pu se tromper lorsqu'ils ont décliné leur date de naissance auprès des services de la Police aux Frontières; que l'administrateur ad'hoc explique quant à lui qu'il s'en est aperçu tardivement, que lorsque les mineurs ont été auditionnés, ils étaient présents tous les trois ensemble et que ce sont essentiellement les deux aînés qui se sont exprimés pour le compte de leur petite soeur;
Attendu que ces explications se trouvent corroborées par la lecture du procès-verbal d'audition des trois mineurs en présence de l'administrateur ad'hoc dont un exemplaire était versé dans chacune des trois procédures, lecture qui ne permet pas de déterminer qui a répondu aux questions du fonctionnaire de police ni de vérifier la bonne compréhension et maîtrise de la langue française par les mineurs;
Que la procédure se trouve donc entachée d'une irrégularité tenant à l'absence d'assistance d'un interprète;
Attendu qu'aux termes de l'article L342-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile "en cas de violation des formes prescrites par la loi à peine de nullité ou d'inobservation des formalités substantielles, le juge des libertés et de la détention saisi d'une demande sur ce motif ou qui relève d'office une telle irrégularité ne peut prononcer la mainlevée du maintien en zone d'attente que lorsque cette irrégularité a eu pour effet de porter atteinte aux droits de l'étranger »;
Attendu en l'occurrence que l'absence d'interprète a porté grief aux droits de l'intéressée en ce que, interrogée ainsi que ses frère et soeur sur leurs dates de naissance lors du contrôle en porte d'avion hors la présence d'un interprète et d'un représentant légal, il a été relevé par les services de la Police aux Frontières que leurs réponses ne correspondaient pas aux dates de naissance figurant sur leurs passeport et visa Schengen, raison pour laquelle ils en ont conclu que ces derniers avaient été indûment obtenus et leur ont notifié une décision de refus d'entrée et de placement en zone d'attente;
qu'il n'y a donc lieu de faire droit à la requête;
PAR CES MOTIFS
Statuant publiquement en premier ressort, par décision assortie de l'exécution provisoire
Déclarons que la requête de l'administration est recevable
Déclarons que la procédure est irrégulière
Disons par conséquent n'y avoir lieu de prolonger le maintien de Madame Xsd [Y] [B] (mineure) en zone d'attente à l'aéroport de [3].
Donnons acte à Madame Xsd [Y] [B] (mineure) de ce qu'elle pourra être convoquée à l'adresse suivante : chez sa mère [T] [J], [Adresse 2]
Rappelons que l'administration doit restituer à l'intéressée l'intégralité de ses affaires personnelles, y compris son passeport et ses documents de voyage.
Fait à TREMBLAY EN FRANCE, le 30 Mars 2024 à heures
LE GREFFIER
LE JUGE DES LIBERTÉS ET DE LA DÉTENTION
NOTIFICATION DE L’ORDONNANCE
AUX PARTIES :
Reçu copie de la présente ordonnance et notification de ce qu'elle est susceptible d'appel devant le premier président de la cour d'appel de Paris dans un délai de 24 heures à compter de la présente ordonnance (déclaration motivée transmise par tous moyens au greffe du service des etrangers du premier président de la cour d'appel de Paris. Fax n° 01-44-32-78-05 ou mail
chambre1-11.ca-paris@justice.fr). Cet appel n'est pas suspensif de l'exécution de la mesure d'éloignement.
Information est donnée à l'intéressé(e) qu'il est maintenu(e) à disposition de la justice pendant un délai de 10 heures à compter de la notification de la présente ordonnance au procureur de la République, lorsqu'il est mis fin à son maintien en zone d'attente.
LE REPRÉSENTANT DE L'ADMINISTRATION
L'INTÉRESSÉ(E)
L'INTERPRÈTE
L'ADMINISTRATEUR AD'HOC
AU PROCUREUR DE LA REPUBLIQUE :
(De 9h00 à 12h00 et de 14h00 à 18h00)
La présente ordonnance mettant fin au maintien de l'étranger en zone d'attente
a été notifiée au procureur de la République, absent à l’audience, par voie dématérialisée,
le ..30 Mars 2024...... à ..........h.............
Le greffier
(De 12h00 à 14h00 et de 18h00 à 9h00)
Le procureur de la République, absent à l’audience, a été avisé de la présente ordonnance mettant fin au maintien de l'étranger en zone d'attente, par un appel téléphonique donné par le greffier au magistrat de permanence générale,
le ..30 Mars 2024...... à ..........h.............
Ce magistrat :
❑ a indiqué interjeter appel et demander au premier président de déclarer son recours suspensif
❑ a indiqué ne pas entendre user de ce droit, de sorte que l’intéressé peut être remis en liberté
❑ n’a pu être joint, un message lui ayant été laissé
Le greffier
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