Texte intégral
REPUBLIQUE FRANCAISE
Au nom du peuple Français
TRIBUNAL JUDICIAIRE d’EVRY
ORDONNANCE DE REFERE
DU 30 Janvier 2025
MINUTE N° :
Références : R.G N° N° RG 24/00197 - N° Portalis DB3Q-W-B7I-QMQV
DEMANDERESSE:
Société PRIMO 1
[Adresse 3]
[Localité 5]
représentée par Me Nelson SEGUNDO, avocat au barreau de PARIS
DEFENDEURS:
Monsieur [G] [P]
[Adresse 1]
[Adresse 6]
[Localité 4]
comparant
Madame [V] [I] épouse [P]
[Adresse 1]
[Adresse 6]
[Localité 4]
non comparante, ni représentée
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Président : Fabian BACHEM, Juge des Contentieux de la Protection
Greffier : Clémence PERRET,
DEBATS :
Audience publique du 28 Novembre 2024
ORDONNANCE :
Réputé contradictoire et en premier ressort, prononcée publiquement par mise à disposition au greffe, le 30 Janvier 2025, par Fabian BACHEM, Juge des Contentieux de la Protection, assisté de Clémence PERRET,greffiere
Copie exécutoire délivrée le :
À :
EXPOSÉ DU LITIGE
En vertu d'un contrat de bail passé par acte sous seing privé en date du 21/02/2023, M. [G] [P] et Mme [V] [I] épouse [P] sont locataires d'un local à usage d'habitation sis [Adresse 2]) à [Localité 8], et appartenant à la société PRIMO 1.
Par acte du 17/06/2024, la société PRIMO 1 a fait délivrer aux locataires un commandement de payer la somme de 4.281,72 euros au titre des loyers et charges échus à la date du 30/06/2024.
Le montant du loyer et de l'avance sur charges s'élève à la somme de 903,53 euros par mois.
Par acte en date du 18/09/2024, la société PRIMO 1 a fait assigner M. [G] [P] et Mme [V] [I] épouse [P] devant le juge des contentieux de la protection d’[Localité 7] statuant en référé et demande de :
- constater l'acquisition de la clause résolutoire et ordonner l'expulsion des locataires,
- condamner solidairement les locataires à payer la somme de 5.735,50 euros au titre des loyers, charges arrêtés au jour de l'assignation avec intérêts au taux légal à compter du commandement de payer pour la somme réclamée à cet acte et à compter de l’assignation pour le surplus,
- condamner solidairement les locataires à payer une indemnité d'occupation mensuelle, égale au montant des loyers et charges à compter de l’acquisition de la clause résolutoire et ce, jusqu'à la libération complète des lieux,
- condamner solidairement les locataires à payer la somme de 3.000 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile,
- condamner solidairement les locataires aux entiers dépens.
A l’audience, la société PRIMO 1, représentée par son conseil, réactualise sa créance à la somme de 5.542,56 euros, au titre des loyers échus à la date du 25/11/2024.
Cités par actes délivrés par remise en l'étude, Mme [V] [I] épouse [P] n'a pas comparu et M. [G] [P], comparant, indique qu’ils percçoivent tous les deux une somme de 1.500/1.600 euros dans le cadre d’un CDI et offre d’apurer la dette par versmeents mensuels de 230 euros.
L’affaire a été mise en délibéré au 30/01/2025, date indiquée à l'issue des débats.
MOTIFS DE LA DECISION
Sur quoi,
Attendu que selon l'article 472 du code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne fait droit à la demande que s'il l'estime régulière, recevable et bien fondée ;
Attendu que l’application de l’article 24 V. et VII. de la loi du 6 juillet 1989 concernant l’octroi de délais de paiement et la suspension des effets de la clause de résiliation de plein droit, dans sa version applicable au présent litige, suppose que le locataire ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience ;
Qu’en l’espèce, il apparaît, au vu du décompte du bailleur arrêté au 25/11/2024, que les locataires ont repris le paiement du loyer au jour de l’audience ; que les dispositions précitées ont donc vocation à s’appliquer ;
Sur les loyers et charges impayés
Sur l'arriéré de loyers et charges
Attendu qu'aux termes de l'article 7 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus ;
Attendu que la société PRIMO 1 verse aux débats l'acte de bail, le décompte des loyers et charges prouvant ainsi les obligations dont elle réclame l'exécution ;
Attendu qu’il ressort des pièces fournies qu'au 25/11/2024, la dette non sérieusement contestable s’élève à la somme de 5.542,56 euros au titre des loyers et charges impayés, terme de novembre 2024 inclus, à laquelle il convient de faire droit;
Sur la solidarité passive
Attendu que l'article 1310 du code civil dispose que la solidarité ne se présume point, il faut qu'elle soit expressément stipulée ;
Attendu en outre qu'en application de l'article 220 du code civil, les dépenses locatives sont des dettes ménagères engageant solidairement les époux; que les locataires seront donc condamnés solidairement au paiement des sommes dues en application du contrat de bail ;
Sur les délais de paiement
Attendu que, compte tenu des difficultés éprouvées par M. [G] [P] et Mme [V] [I] épouse [P] , il y a lieu de leur accorder par application de l'article 1343-5 du Code Civil, un échelonnement de la dette sur une durée de 24 mois et de les autoriser à se libérer par mensualités de 230 euros ;
Qu'à défaut de règlement d'une mensualité ou du loyer courant, l'intégralité des sommes dues deviendra immédiatement exigible, après une mise en demeure adressée aux locataires demeurée infructueuse pendant 10 jours ;
Sur la résiliation du bail
Sur l'acquisition de la clause résolutoire
Attendu que l’assignation aux fins de constat de résiliation du bail a été régulièrement notifiée au Préfet du département de l’Essonne le 20/09/2024 et ce plus de six semaines avant l'audience du 28/11/2024 ;
Que celle-ci est donc recevable au regard des dispositions de l'article 24 de la loi du 6 Juillet 1989 ;
Attendu que l'article 24 modifié par la loi du 24 mars 2014 dispose qu'à compter du 01er janvier 2015, les bailleurs personnes morales ne pourront faire délivrer, sous peine d'irrecevabilité de la demande une assignation aux fins de constat ou de prononcé de la résiliation du bail motivée par l'existence d'une dette locative ou demandes reconventionnelles en ce sens avant l'expiration d'un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) ; que toutefois, cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d'impayés, préalablement signalée aux organismes payeurs des aides logements (allocation logement et aide personnalisée au logement) ;
Que le délai ayant été respecté, le bailleur ayant saisi la CCAPEX le 18/06/2024, l'assignation est recevable au regard des dispositions de la loi du 24 mars 2014;
Attendu que le contrat de bail unissant les parties stipule qu'à défaut de paiement à l'échéance d’un seul terme de loyer, le bail serait résilié de plein droit, deux mois après un commandement de payer resté infructueux ;
Attendu qu'aux termes de l'article 24 de la loi n° 89-462 du 6 Juillet 1989, dans sa version applicable, toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer et des charges aux termes convenus ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux ;
Attendu qu’il n'est pas sérieusement contestable que les loyers et charges n'ont pas été régulièrement et intégralement payés ;
Attendu que ce manquement s'est perpétué pendant plus de deux mois à compter du commandement de payer régulier du 17/06/2024 rappelant les dispositions des articles 24 de la loi n° 89-462 du 6 Juillet 1989 et 6 de la loi n° 90-449 du 31 Mai 1990 ;
Qu'ainsi, le bail s'est trouvé résilié de plein droit le 17/08/2024 par le seul effet de la clause résolutoire incluse dans le bail ;
Que toutefois durant les délais de paiement accordés et sous réserve du respect de l’échéancier, les effets de la clause résolutoire seront suspendus ; qu'en cas d'apurement intégral de la dette selon l'échéancier, la clause résolutoire sera réputée n'avoir jamais joué ;
Sur la demande d'indemnité d'occupation
Attendu que l'application de la clause résolutoire a pour effet de déchoir les locataires de tout droit d'occupation du local donné à bail ;
Qu'à compter du premier impayé dans le cadre de l'échéancier, jusqu'au départ volontaire ou à défaut l'expulsion des lieux, les locataires se trouvent redevables d'une indemnité d'occupation mensuelle qu'il convient de fixer à une somme égale au montant du loyer révisé, augmenté des charges qui auraient été réglées, si le bail s’était poursuivi, se substituant aux loyers et charges échus et à échoir, sans possibilité de majoration future au regard de sa nature indemnitaire et non contractuelle ;
Sur la demande d'expulsion
Attendu que la bailleresse a un intérêt certain à reprendre possession dans un bref délai des lieux occupés sans droit ni titre; qu'il y a donc lieu d'ordonner l'expulsion des locataires en cas de non respect de l'échéancier d'apurement de la dette ;
Sur les demandes accessoires
Attendu qu’il convient de rappeler que l'exécution provisoire de la présente décision est de plein droit ;
Attendu que M. [G] [P] et Mme [V] [I] épouse [P] succombent à l’instance de sorte qu'ils doivent être condamnés aux entiers dépens ;
Attendu qu’aucun motif lié à l'équité ne commande qu'il soit fait application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile ;
PAR CES MOTIFS,
Nous, Juge des référés,
Statuant publiquement, par ordonnance réputée contradictoire et en premier ressort,
Au principal,
Renvoyons les parties à se pourvoir ainsi qu’il leur appartiendra ;
Et dès à présent, vu l’urgence,
Condamnons solidairement M. [G] [P] et Mme [V] [I] épouse [P] à verser à la société PRIMO 1 la somme provisionnelle de 5.542,56 euros à valoir sur les loyers, charges et indemnités d'occupation impayés, arrêtée au 25/11/2024, terme de novembre 2024 inclus, avec intérêts au taux légal à compter du 17/06/2024 pour la somme de 4.281,72 euros et à compter de la décision pour le surplus;
Autorisons M. [G] [P] et Mme [V] [I] épouse [P] à apurer la dette locative précédemment fixée en 24 mensualités de 230 euros chacune, en plus du loyer courant, payables le jour d'échéance du loyer, à compter du premier loyer exigible suivant la signification de la présente décision, la dernière étant constituée du solde de la dette ;
Disons qu'à défaut de paiement d'une seule échéance à son terme ou du loyer courant, l’intégralité des sommes restant dues deviendra de plein-droit immédiatement exigible dix jours après la date de présentation d'une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception demeurée infructueuse ;
Suspendons les effets de la clause résolutoire pendant les délais accordés sous réserve du respect de l’échéancier ;
Disons qu'en cas d'apurement intégral de la dette selon l'échéancier, la clause résolutoire sera réputée n'avoir jamais joué ;
A défaut de respect de l'échéancier:
Constatons la résiliation du bail convenu entre les parties au jour du premier impayé dans le cadre de l'échéancier précédemment fixé ;
Ordonnons l’expulsion de M. [G] [P] et Mme [V] [I] épouse [P] , faute pour eux d'avoir libéré les lieux dans le délai de deux mois après le commandement prévu par les articles L.411-1 et L.412-1 du code des procédures civiles d'exécution, de leurs biens et de tous occupants de leur chef, au besoin avec l'assistance de la force publique ;
Condamnons solidairement M. [G] [P] et Mme [V] [I] épouse [P] à verser à la société PRIMO 1 une provision mensuelle fixée à une somme égale au montant du loyer révisé, augmenté des charges qui auraient été réglées, si le bail s’était poursuivi, se substituant aux loyers et charges échus et à échoir, à compter du premier impayé dans le cadre de l'échéancier et jusqu'à la libération effective des lieux, à valoir sur l'indemnité d'occupation pouvant être fixée au fond, se substituant aux loyers et charges échus et à échoir ;
En tout état de cause:
Rappelons que l’exécution provisoire de la présente décision est de droit ;
Disons n'y avoir lieu à application de l'article 700 du code de procédure civile ;
Condamnons in solidum M. [G] [P] et Mme [V] [I] épouse [P] aux entiers dépens comprenant le coût de l'assignation et du commandement de payer ;
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition les jour, mois et an susdits par le Président et le Greffier susnommés.
Le Greffier
Le Président
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