Texte intégral
COUR D'APPEL DE DOUAI
Chambre des Libertés Individuelles
N° RG 23/02208 - N° Portalis DBVT-V-B7H-VHVP
N° de Minute : 2210
Ordonnance du jeudi 14 décembre 2023
République Française
Au nom du Peuple Français
APPELANT
M. LE PREFET DU NORD
dûment avisé,absent représenté par Me Guillaume SAUDUBRAY, avocat au barreau de Paris
INTIMÉ
M. [W] [G]
né le 01 Juillet 1990 à [Localité 1]
de nationalité Algérienne
ayant été retenu au centre de rétention administrative de [Localité 2]
absent, non représenté
ayant eu devant le juge des libertés et de la détention Maître Lendita MEMETI-KAMBERI, avocat au barreau de Lille ; convoqué par avis envoyé à Maître Lendita MEMETI-KAMBERI
PARTIE JOINTE
M. le procureur général : non comparant, dûmet avisé
MAGISTRAT(E) DELEGUE(E) : Jeanne DEBERGUE, .conseillère à la cour d'appel de Douai désigné(e) par ordonnance pour remplacer le premier président empêché
assisté(e) de Véronique THÉRY, greffière
DÉBATS : à l'audience publique du jeudi 14 décembre 2023 à 13 h 00
ORDONNANCE : prononcée publiquement à Douai le jeudi 14 décembre 2023 à 13 h 57
Le premier président ou son délégué,
Vu les articles L.740-1 à L.744-17 et R.740-1 à R.744-47 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et spécialemnt L 743-21, L 743-23, R 743-10, R 743-11, R 743-18 et R 743-19 ;
Vu l'ordonnance rendue le 12 décembre 2023 par le Juge des libertés et de la détention de LILLE qui a mis fin à la rétention administrative de de M. [W] [G] ;
Vu l'appel motivé interjeté par Maître Maître Guillaume SAUDUBRAY venant au soutien des intérêts de M. LE PREFET DU NORD par déclaration reçue au greffe de la cour d'appel de ce siège le 13 décembre 2023 ;
Vu la plaidoirie de Maître Guillaume SAUDUBRAY .
EXPOSE DU LITIGE
M. [W] [G], né le 1er juillet 1990 à [Localité 1] (Algérie), de nationalité algérienne, a fait l'objet d'un placement en rétention administrative ordonné par M. Le préfet du Nord le 12 novembre 2023 et notifié à 20h40, pour l'exécution d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire, délivrée le 1er décembre 2022 par la même autorité.
Le placement en rétention de M. [W] [G] a été prolongé d'une durée de 28 jours par ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lille du 15 novembre 2023, décision confirmée par la cour d'appel de Douai le 17 novembre 2023.
Par requête déposée le 11 décembre 2023 (08h26), la préfecture du Nord a sollicité que soit ordonné la seconde prolongation du placement en rétention de M. [W] [G] pour une durée de 30 jours.
A l'audience devant le premier juge, le conseil de M. [W] [G] a sollicité le rejet de la demande de prolongation de la rétention sur le moyen tiré de l'insuffisance des diligences de l'administration.
Par décision du 12 décembre 2023 (14h03), le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lille a levé la mesure de rétention administrative de l'intéressé constatant par motifs décisoires que 'En l'espèce, si une demande de laissez-passer consulaire a été faite le 13 novembre 2023, et ce n'est que le 7 décembre qu'une demande d'audition consulaire a été adressée aux autorités algériennes ce qui n'est pas compréhensible et caractérise des diligences insuffisantes pour permettre un temps de rétention strictement nécessaire puisque cette audition consulaire est nécessaire à l'identification de l'étranger. En conséquence, il ne sera pas fait droit à la requête du préfet'.
Par requête en date du 13 décembre 2023 à 13h09, M. le Préfet du Nord a formé appel de cette décision sollicitant son infirmation. Il demande d'ordonner la prolongation de la rétention de M. [W] [G] pour une durée de 30 jours.
Au soutien de sa déclaration d'appel M. le Préfet du Nord soutient, au visa des articles L 741-3 et L 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que les services du préfet n'ont pas de pouvoir de coercition auprès des autorités consulaires algériennes, suivant une jurisprudence constante de la Cour de cassation, que ce sont les autorités consulaires étrangères qui décident elles-mêmes des dates, du nombre et des ressortissants qui doivent être présentés en audition consulaires et que l'initiative d'une audition consulaire relève des autorités consulaires seules.
MOTIFS DE LA DÉCISION
L'article L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : 'Le juge des libertés et de la détention peut, dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 742-1, être à nouveau saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de trente jours, dans les cas suivants :
1° En cas d'urgence absolue ou de menace d'une particulière gravité pour l'ordre public ;
2° Lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement ;
3° Lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison :
a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement ;
b) de l'absence de moyens de transport.
L'étranger peut être maintenu à disposition de la justice dans les conditions prévues à l'article L. 742-2.
Si le juge ordonne la prolongation de la rétention, celle-ci court à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas soixante jours.'
Il convient de rappeler que lorsque la procédure se situe dans le cadre de l'article L.742-4 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité et concerne une demande de seconde prolongation du placement en rétention administrative, il n'existe aucune obligation de 'bref délai' concernant la levée des obstacles.
Ainsi, il suffit qu'il ait été décidé par la première décision judiciaire de prolongation de la rétention administrative, que l'administration avait effectué toutes les diligences nécessaires à l'exécution de la mesure d'éloignement, et qu'il soit démontré que ces diligences n'avaient pas encore reçu satisfaction de la part des autorités étrangères requises, et ce sans faute ou négligence de la part de l'état requérant, pour que l'autorité judiciaire autorise la seconde prolongation du placement en rétention administrative.
En outre, il ressort de l'article L 741-3 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'administration doit justifier avoir effectué toutes les 'diligences utiles' suffisantes pour réduire au maximum la période de rétention de l'étranger.
En l'espèce, il ressort des pièces de la procédure que M. [W] [G] a été placé en rétention administrative le 12 novembre 2023 à compter de 20h40. Dès le 13 novembre 2023 à 09h45, les services de la préfecture ont pris attache avec les autorités consulaires du pays de nationalité de l'intéressé, pour une demande d'identification de l'intéressé et de délivrance d'un laissez-passer consulaire. Le courrier joint détaille les éléments connus de la situation de l'intéressé : obligation de quitter le territoire français en date du 1er décembre 2022, défaut de titre d'identité et de voyage et placement au centre de rétention administrative de [Localité 3]. Un routing de vol à destination de l'Algérie a été sollicité le jour même à 09h55, précisant 'première dispo à partir du 20/11/2023'. Le 27 novembre 2023, les services de la préfecture ont relancé leur demande de laissez-passer consulaire auprès des autorités consulaires algériennes en les invitant à procéder à l'identification de l'intéressé et, pour ce faire, à recevoir l'intérssé le vendredi 15 décembre 2023 dans les locaux du CRA de [Localité 3], en vue de son audition. En outre, la demande de routing de vol est toujours en cours.
Il est admis de façon constante que lorsque l'administration préfectorale a effectué promptement les diligences nécessaires pour obtenir la réadmission de l'étranger dans le pays objet du titre d'éloignement, notamment en sollicitant un laissez-passer consulaire, le préfet, qui n'a aucun pouvoir de contrainte sur les autorités consulaires, n'a pas d'obligation de relancer les autorités étrangères déjà requises (Cour de cass 1ère civ 09.06.2010 n° 09-12.165 & 30.01.2019 n° 18-11.806).
En application des dispositions susvisées, il ne saurait être considéré comme fautif ou négligent de la part des services de la préfecture de ne pas avoir sollicité dès le début du placement en rétention une audition consulaire puisqu'une telle audition ne peut être imposée aux autorités étrangères, de sorte qu'une telle demande serait sans incidence sur la durée de la rétention. De même, il ne peut être reproché à l'administration de ne pas avoir relancé les autorités consulaires algériennes en demandant la fixation en urgence d'une audition consulaire, dès lors que l'organisation de ces auditions relève de la décision des autorités consulaires étrangères, ainsi que la transmission aux autorités du pays pour l'enquête en identification.
Il convient de constater que les diligences utiles et suffisantes pour organiser l'éloignement de M. [W] [G] ont été réalisées en l'espèce. En conséquence l'ordonnance entreprise sera infirmée.
Statuant de nouveau, il convient d'ordonner la seconde prolongation du placement en rétention qui est justifiée dans l'attente d'une réponse à la demande de laissez-passer consulaire et à al demande de routing de vol, conformément à l'article L 742-4 3° a) précité.
Conformément au droit communautaire, aucun moyen soulevé par les parties ou susceptible d'être relevé d'office ne paraît contraire à la prolongation de la rétention administrative.
PAR CES MOTIFS
DÉCLARE l'appel recevable ;
INFIRME l'ordonnance entreprise ;
Statuant de nouveau :
ORDONNE la prolongation du placement en rétention administrative de M. [W] [G] pour une durée de TRENTE JOURS à compter du 13 décembre 2023 à 00h00 ;
DIT que la présente ordonnance sera communiquée au ministère public par les soins du greffe ;
DIT que la présente ordonnance sera notifiée dans les meilleurs délais à M. [W] [G], à son conseil le cas échéant et à l'autorité administrative.
Véronique THÉRY, greffière
Jeanne DEBERGUE, .conseillère
N° RG 23/02208 - N° Portalis DBVT-V-B7H-VHVP
REÇU NOTIFICATION DE L'ORDONNANCE 2210 DU 14 Décembre 2023 ET DE L'EXERCICE DES VOIES DE RECOURS (à retourner signé par l'intéressé au greffe de la cour d'appel de Douai par courriel - [Courriel 4]) :
Vu les articles 612 et suivants du Code de procédure civile et R. 743-20 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
Pour information :
L'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition.
Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d'attente ou la rétention et au ministère public.
Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification.
Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation constitué par le demandeur.
- décisision transmise par courriel pour notification à l'intimé, à l'autorité administrative, Maître Lendita MEMETI-KAMBERI, Maître Guillaume SAUDUBRAY le
- décision communiquée au tribunal administratif de Lille
- décision communiquée à M. le procureur général
- copie au Juge des libertés et de la détention de LILLE
Le greffier, le jeudi 14 décembre 2023
'''
[W] [G]
pris connaissance de la décision du jeudi 14 décembre 2023 n° 2210
' par truchement d'un interprète en langur :
N° RG 23/02208 - N° Portalis DBVT-V-B7H-VHVP
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