Tribunal judiciaire, 26 septembre 2024. 24/01818
Juridiction :
Tribunal judiciaire
Numéro de pourvoi :
24/01818
Date de décision :
26 septembre 2024
Résumé par l'IA
Résumé par l'IA
Accédez au résumé intelligent de cette décision, généré par notre IA juridique.
Débloquer le résumé IATexte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE MARSEILLE
Pôle de Proximité
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
ORDONNANCE DU : 21 Novembre 2024
Président : Monsieur ABRAM, Vice-Président placé
Greffier : Madame DEGANI,
Débats en audience publique le : 26 Septembre 2024
GROSSE :
Le 22 novembre 2024
à Me Emmanuel MOLINA
Le ...................................................
à Me ...............................................
Le ...................................................
à Me ...............................................
EXPEDITION :
Le ..........................................................
à Me ......................................................
Le ..........................................................
à Me ......................................................
Le ...........................................................
à Me ......................................................
N° RG 24/01818 - N° Portalis DBW3-W-B7I-4WUV
PARTIES :
DEMANDEUR
Monsieur [V] [X]
né le 20 Septembre 1960 à [Localité 5] (MACEDOINE), demeurant [Adresse 1]
représenté par Me Emmanuel MOLINA, avocat au barreau de MARSEILLE
DEFENDEURS
Madame [U] [C]
née le 01 Janvier 1957 à , demeurant [Adresse 2]
non comparante
Monsieur [Y] [L]
né le 16 Septembre 1996 à , demeurant [Adresse 2]
non comparant
EXPOSE DU LITIGE :
Par acte sous seing privé en date du 20 octobre 2021 ayant pris effet le 1er novembre 2021, [B] [W] a donné à bail à [C] [U] et [Y] [L] un appartement à usage d’habitation situé [Adresse 3] à [Localité 4] pour un loyer mensuel de 500 euros outre 50 euros de provisions sur charges.
Par acte authentique en date du 9 mars 2022, ce bien a été acheté par [V] [X]
Se prévalant de loyers impayés, [V] [X] a fait signifier à [C] [U] et [Y] [L] par acte de commissaire de justice du 11 octobre 2023 un commandement de payer visant la clause résolutoire pour un montant de 8 250 euros en principal.
Par acte de commissaire de justice en date du 7 mars 2024, auquel il est expressément renvoyé pour un plus ample exposé des moyens, [V] [X] a fait assigner [C] [U] et [Y] [L] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Marseille, statuant en référé, aux fins de voir :
- condamner [C] [U] et [Y] [L] à payer à titre provisionnel à [V] [X] la somme de 9 950 euros au titre des loyers dus, à parfaire au jour de l’audience;
- ordonner l’expulsion de [C] [U] et [Y] [L] et celle de tous occupants de son chef avec l’assistance de la force publique si besoin est ;
- condamner [C] [U] et [Y] [L] à payer à [V] [X] et jusqu’à la libération effective des lieux, une indemnité d’occupation mensuelle égale à 550 euros ;
- condamner [C] [U] et [Y] [L] à payer à [V] [X] une somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral ;
- condamner [C] [U] et [Y] [L] à payer à [V] [X] la somme de 2 500 euros sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile ;
- condamner [C] [U] et [Y] [L] aux entiers dépens de l’instance.
Par une ordonnance en date du 4 juillet 2024, les débats étaient rouverts afin de permettre la production d’un décompte détaillé de la créance, et aux parties de faire valoir leurs observations.
A l’audience le demandeur a renouvelé ses premières demandes, en précisant que la dette égalait désormais la somme de 14 295 € au 10 septembre 2024, et les défendeurs n’ont pas comparu.
MOTIFS DE LA DÉCISION :
L’article 472 du Code de procédure civile dispose qu'il est statué sur le fond si le défendeur ne comparaît pas, le juge ne faisant droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
En application des dispositions des articles 834 et 835 du code de procédure civile, dans tous les cas d’urgence, le juge du contentieux de la protection peut, dans les limites de sa compétence, ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend. Il peut également allouer au créancier une provision, lorsque l’obligation n’est pas sérieusement contestable.
Sur la recevabilité :
En application de l'article 24 III de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, dans sa rédaction issue de la loi du 27 juillet 2023 entrée en vigueur le 29 juillet 2023, à peine d’irrecevabilité de la demande, l’assignation aux fins de constat de la résiliation est notifiée à la diligence de l’huissier de justice au représentant de l'État dans le département, au moins six semaines avant l’audience ;
En l’espèce, il est établi que l’assignation en date du 7 mars 2024 a été dénoncée le 11 mars 2024 à la Préfecture des Bouches-du-Rhône soit six semaines au moins avant l’audience.
De surcroît, il est acquis comme non contesté que [V] [X] a signalé la situation d’impayés à la CCAPEX des BOUCHES DU RHONE à la suite du commandement de payer, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
Enfin, la qualité de propriétaire de [V] [X] ressort du titre produit en exécution duquel il se trouve être le bailleur du bien en cause.
Par conséquent [V] [X] est recevable en ses demandes.
Sur le fond :
Sur la résiliation du bail par l’effet de la clause résolutoire :
L'une des obligations essentielles du preneur d'un contrat de bail est celle du paiement des loyers aux termes convenus en application de l'article 7 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
En matière de bail, l'article 24 I de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, dans sa rédaction issue de la loi du 27 juillet 2023 entrée en vigueur le 29 juillet 2023, dispose que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux. Ce délai était antérieurement de deux mois.
L'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 est une disposition d'ordre public de protection. Le délai de deux mois ou de six semaines est un délai minimum donné au locataire pour régulariser la dette locative durant lequel les effets de clause résolutoire sont neutralisés.
Par ailleurs, en application de l'article 1103 du code civil, anciennement 1134 du même code, les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits.
En l’espèce, le bail liant les parties contient une clause résolutoire laquelle prévoit qu'elle ne produit effet que deux mois après un commandement de payer resté infructueux.
Un commandement visant cette clause a été signifié aux locataires le 11 octobre 2023 aux fins d’obtenir paiement de la somme de 8 250 euros en principal.
Le commandement de payer est demeuré infructueux pendant plus de deux mois, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail sont réunies à la date du 11 décembre 2023 et que le bail liant les parties est résilié de plein droit à cette date, les dispositions de la loi susvisée étant d’ordre public.
Sur la demande en paiement au titre de l'arriéré locatif :
[C] [U] et [Y] [L] sont redevables des loyers impayés et charges jusqu'à la date de résiliation du bail.
Par ailleurs, le maintien dans les lieux postérieurement à la date d’expiration du bail constitue une faute civile ouvrant droit à réparation en ce qu'elle cause un préjudice certain pour le propriétaire dont l'occupation indue de son bien l'a privé de sa jouissance. L'indemnité d'occupation, qui est également de nature compensatoire, constitue une dette de jouissance correspondant à la valeur équitable des locaux.
Compte tenu du contrat antérieur et afin de préserver les intérêts du demandeur, il convient de fixer le montant de l’indemnité d’occupation mensuelle provisionnelle due de la date de résiliation du bail jusqu’à la libération effective des lieux au montant du loyer et charges qui auraient été dus si le bail s'était poursuivi, soit 550 euros au total et de condamner [C] [U] et [Y] [L] à payer ladite indemnité.
[V] [X] fait la preuve de l'obligation dont il se prévaut en produisant le bail d'habitation liant les parties, le commandement de payer visant la clause résolutoire, l’assignation délivrée en vue de l’audience, ainsi qu’un décompte de sa créance à la somme de 14 295 euros au 10 septembre 2024 échéance du mois de septembre 2024 incluse, décompte qu’il y a lieu de retenir compte tenu de la demande faite au titre des indemnités d’occupation postérieures à la résiliation.
La créance n'étant pas sérieusement contestable à hauteur de 14 295 euros au 10 septembre 2024, [C] [U] et [Y] [L] seront condamnés à payer à titre provisionnel, la somme de 14 295 euros correspondant aux loyers, charges et indemnités d’occupation impayés, arrêtée au 10 septembre 2024 échéance du mois de septembre 2024 incluse ;
Sur l'octroi de délais de paiement au titre de l'arriéré locatif et la suspension de la clause résolutoire :
L'article 24 V de la loi 89-462 du 6 juillet 1989, tel que modifié par la loi n°2023-668 du 27 juillet 2023, en vigueur à compter du 29 juillet 2023, permet au juge même d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l'article 1343-5 du code civil. La décision du juge suspend les procédures d'exécution qui auraient été engagées par le créancier. Les majorations d'intérêts ou les pénalités prévues en cas de retard ne sont pas encourues pendant le délai fixé par le juge.
En application de l'article 24 VII de la loi 89-462 du 6 juillet 1989, tel que modifié par la loi n°2023-668 du 27 juillet 2023, en vigueur à compter du 29 juillet 2023, lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l'exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
En l’espèce [C] [U] et [Y] [L], qui ne comparaissent pas, ne sollicitent pas de délais de paiement alors qu’il est clair qu’il ne ressort pas des éléments de la cause la reprise du paiement de l’intégralité du loyer courant.
En conséquence, il convient d'ordonner l'expulsion de [C] [U] et [Y] [L] et celle de tous occupants de leur chef des lieux loués, selon les modalités prévues au dispositif ci-après.
Aucune circonstance particulière de l'espèce ne justifiant que le délai de deux mois prévu par les dispositions des articles L. 412-1 et suivants du Code des procédures civiles d'exécution soit réduit ou supprimé, il convient d'indiquer que passé le délai de deux mois suivant la signification du commandement d'avoir à libérer les lieux, il pourra être procédé à cette expulsion avec au besoin le concours de la force publique.
Sur la demande d’indemnisation du préjudice moral :
La sanction de la résistance abusive à l'exécution d'une obligation à une somme d'argent est prévue par l'article 1231-6 du code civil;
Cet article dispose que les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Le créancier auquel son débiteur en retard a causé, par sa mauvaise foi, un préjudice indépendant de ce retard, peut obtenir des dommages et intérêts distincts de l'intérêt moratoire.
Conformément à l’article 1353 du code civil, il appartient au demandeur, qui prétend que la défaillance de ses locataires lui a causé un préjudice distinct, de le prouver.
Il n’apparait pas en l’espèce que la preuve d’un préjudice moral distinct du retard de paiement soit rapportée.
Cette demande sera en conséquence rejetée.
Sur les demandes accessoires :
[C] [U] et [Y] [L], qui succombent, supporteront la charge des entiers dépens par application de l’article 696 du Code de procédure civile, en ce compris le coût du commandement de payer déjà signifié et de l’assignation.
L’équité commande de condamner [C] [U] et [Y] [L] à payer à [V] [X] la somme de 400 euros application des dispositions de l'article 700 du Code de procédure.
Il est rappelé qu'en application de l'article 514 et de l'article 514-1 du Code de procédure civile, l'ordonnance de référé est exécutoire à titre provisoire.
PAR CES MOTIFS :
Nous, Juge des contentieux de la protection, assisté du Greffier, statuant en référé, par ordonnance mise à disposition au greffe, réputée contradictoire et en premier ressort,
Au principal, renvoyons les parties à se pourvoir ainsi qu’elles aviseront, mais dès à présent et par provision :
DECLARONS [V] [X] recevable en ses demandes ;
CONSTATONS que les conditions d'acquisition de la clause résolutoire sont réunies au 11 décembre 2023 ;
CONSTATONS la résiliation de plein droit du contrat de bail liant les parties au 11 décembre 2023 ;
ORDONNONS en conséquence à [C] [U] et [Y] [L] de libérer les lieux appartement sis [Adresse 3] à [Localité 4] dès la signification de la signification de la présente ordonnance ;
DISONS qu’à défaut pour [C] [U] et [Y] [L] d’avoir volontairement libéré les lieux sis [Adresse 3] à [Localité 4], [V] [X] pourra, deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux, faire procéder à leur expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de leur chef, y compris le cas échéant avec le concours de la force publique ;
DISONS que le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d'exécution ;
RAPPELONS en outre que, nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée, il doit être sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille ;
FIXONS au montant du dernier loyer et des charges, soit à la somme de 550 euros l’indemnité d’occupation mensuelle provisionnelle due par [C] [U] et [Y] [L] à compter de la résiliation du bail et jusqu’à la libération effective des lieux;
CONDAMNONS [C] [U] et [Y] [L] à payer à titre provisionnel à [V] [X] la somme de 14 295 euros correspondant aux loyers, charges et indemnités d’occupation impayés, arrêtée au 10 septembre 2024 échéance du mois de septembre 2024 incluse ;
CONDAMNONS [C] [U] et [Y] [L] à payer à titre provisionnel à [V] [X] la somme de 550 euros au titre de l’indemnité mensuelle d’occupation, à compter du 1er janvier 2024 et jusqu’à la libération effective des lieux ;
CONDAMNONS [C] [U] et [Y] [L] à payer à [V] [X] la somme de 400 euros au titre des dispositions de l'article 700 du Code de procédure civile ;
CONDAMNONS [C] [U] et [Y] [L] aux entiers dépens de l’instance en ce compris le coût du commandement en date du 11 octobre 2023 et de l’assignation ;
REJETONS toute autre demande différente, plus ample ou contraire ;
RAPPELONS que la présente ordonnance est assortie de plein droit de l'exécution provisoire.
Ainsi ordonné et prononcé les jour, mois et an que dessus par sa mise à disposition au greffe.
LE GREFFIER LE VICE-PRESIDENT
Besoin d'analyser cette décision en profondeur ?
Berlioz peut résumer, comparer et extraire les informations clés de cette décision pour votre dossier.
Sans carte bancaire • Sans engagement • Annulation à tout moment
Historique des décisions
Historique des décisions
Visualisez l'historique procédural complet : première instance, appel, cassation.
Voir l'historique