Texte intégral
TRIBUNAL
JUDICIAIRE
DE PARIS [1]
[1] Copie conforme délivrée
le :
à : M [C] [N]
M [P] [F]
Copie exécutoire délivrée
le :
à : Mme [X] [V]
Pôle civil de proximité
■
PCP JCP ACR référé
N° RG 24/03430 - N° Portalis 352J-W-B7I-C4ODN
N° MINUTE :
9
ORDONNANCE DE REFERE
rendue le 27 septembre 2024
DEMANDERESSE
Madame [X] [V],
demeurant [Adresse 1]
comparante en personne
DÉFENDEURS
Monsieur [C] [N],
demeurant [Adresse 3]
non comparant, ni représenté
Monsieur [P] [F],
demeurant [Adresse 2]
non comparant, ni représenté
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Marie-Laure KESSLER, Vice-Présidente, juge des contentieux de la protection assistée de Lisa BOUCHEMMA, Greffier,
DATE DES DÉBATS
Audience publique du 04 juin 2024
ORDONNANCE
réputée contradictoire et en premier ressort prononcée par mise à disposition le 27 septembre 2024 par Marie-Laure KESSLER, Vice-Présidente, assistée de Lisa BOUCHEMMA, Greffier
Décision du 27 septembre 2024
PCP JCP ACR référé - N° RG 24/03430 - N° Portalis 352J-W-B7I-C4ODN
EXPOSÉ DES FAITS ET DE LA PROCÉDURE
Par acte sous seing privé du 28 septembre 2022, à effet au 1er octobre 2022, Mme [X] [V] a consenti un bail d'habitation meublé à M. [C] [N] sur des locaux situés [Adresse 3] à [Localité 4], moyennant le paiement d'un loyer mensuel de 1 100 euros et d'une provision pour charges de 100 euros.
Le paiement du loyer était garanti par le cautionnement de M. [P] [F], donné jusqu'au 1er octobre 2023.
Par acte de commissaire de justice du 23 janvier 2024, la bailleresse a fait délivrer au locataire un commandement de payer la somme principale de 7200 euros au titre de l'arriéré locatif dans un délai de six semaines, en visant une clause résolutoire.
Ce commandement a également été dénoncé à la caution le 21 février 2024.
La commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives a été informée de la situation de M. [C] [N] le 21 février 2024.
Par assignations du 13 mars 2024 et du 3 avril 2024, Mme [X] [V] a ensuite saisi le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris en référé pour faire constater l'acquisition de la clause résolutoire, être autorisée à faire procéder à l'expulsion de M. [C] [N] et obtenir sa condamnation au paiement des sommes suivantes :
- une indemnité mensuelle d'occupation d'un montant égal à celui du loyer et des charges, à compter de la résiliation du bail et jusqu'à libération des lieux,
- 10 800 euros à titre de provision sur l'arriéré locatif arrêté au 13 mars 2024, avec intérêts au taux légal à compter du commandement de payer,
- 2500 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, outre les entiers dépens.
Elle sollicite en outre la condamnation solidaire de M. [P] [F] au paiement de la somme de 2 400 euros correspondant à la dette locative de 2023.
L'assignation a été notifiée au représentant de l'État dans le département le 14 mars 2024, mais aucun diagnostic social et financier n'est parvenu au greffe avant l'audience.
PRÉTENTIONS ET MOYENS DES PARTIES
À l'audience du 4 juin 2024, Mme [X] [V] sollicite le bénéfice de son acte introductif d'instance. Mme [X] [V] considère enfin qu'il n'y a pas eu de reprise du paiement intégral du loyer courant avant l'audience, au sens de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989.
Bien que régulièrement assignés par actes de commissaire de justice délivrés à étude, M. [C] [N] et M. [P] [F] n'ont pas comparu et ne se sont pas fait représenter
Mme [X] [V] ne forme aucune demande de suspension des effets de la clause résolutoire.
En application de l'article 24 V de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, les parties ont été invitées à produire tous éléments relatifs à l'existence d'une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation.
Mme [X] [V] a précisé ne pas avoir connaissance de l'existence d'une telle procédure concernant M. [C] [N].
À l'issue des débats, la décision a été mise en délibéré jusqu'à ce jour, où elle a été mise à disposition des parties au greffe.
MOTIVATION
En application de l'article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant alors droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée.
1. Sur la demande de constat de la résiliation du bail
1.1. Sur la recevabilité de la demande
Mme [X] [V] justifie avoir notifié l'assignation au représentant de l'État dans le département plus de six semaines avant l'audience.
Elle justifie également avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives deux mois au moins avant la délivrance de l'assignation.
Son action est donc recevable au regard des dispositions de l'article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
1.2. Sur la résiliation du bail
Aux termes de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 modifié par la loi du 27 juillet 2023, tout contrat de bail d'habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
Cependant, la loi du 27 juillet 2023 ne comprend aucune disposition dérogeant à l'article 2 du code civil, selon lequel la loi ne dispose que pour l'avenir et n'a point d'effet rétroactif. Ainsi, il n'y a pas lieu de faire application aux contrats conclus antérieurement au 29 juillet 2023 de l'article 10 de cette loi, en ce qu'il fixe à six semaines - et non plus deux mois -- le délai minimal accordé au locataire pour apurer sa dette, au terme duquel la clause résolutoire est acquise. Ces contrats demeurent donc régis par les stipulations des parties, telles qu'encadrées par la loi en vigueur au jour de la conclusion du bail.
En l'espèce, le contrat du 28 septembre 2022, à effet au 1er octobre 2022, est relatif à une habitation meublée et a été conclu pour une durée d'un an, tacitement renouvelable. Il s'est donc renouvelé le 1er octobre 2023 et les nouvelles dispositions de la loi du 6 juillet 1989 lui sont applicables.
Un commandement de payer reproduisant textuellement les dispositions légales a bien été signifié au locataire le 23 janvier 2024 et la somme de 7200 euros n'a pas été réglée par ce dernier dans le délai de six semaines suivant la signification de ce commandement.
La bailleresse est donc bien fondée à se prévaloir des effets de la clause résolutoire, dont les conditions sont réunies depuis le 3 mars 2024.
Il convient, en conséquence, d'ordonner au locataire ainsi qu'à tous les occupants de son chef de quitter les lieux, et, pour le cas où les lieux ne seraient pas libérés spontanément, d'autoriser Mme [X] [V] à faire procéder à l'expulsion de toute personne y subsistant.
Cependant, dès lors qu'aucune circonstance ne justifie la réduction du délai prévu à l'article L.412-1 du code des procédures civiles d'exécution, il convient de rappeler que l'expulsion ne pourra avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de deux mois suivant la délivrance au locataire d'un commandement de quitter les lieux.
2. Sur la dette locative
Aux termes de l'article 835 du code de procédure civile, dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, le juge des contentieux de la protection saisi en référé peut accorder une provision au créancier, ou ordonner l'exécution de l'obligation même s'il s'agit d'une obligation de faire.
En l'espèce, Mme [X] [V] verse aux débats un décompte démontrant qu'à la date du 13 mars 2024, M. [C] [N] lui devait la somme de 9 700 euros, et non 10 800 euros.
Le défendeur n'apportant aucun élément de nature à remettre en cause ce montant, il sera condamné à payer cette somme à la bailleresse, à titre de provision, avec intérêts au taux légal à compter du 23 janvier 2024 sur la somme de 7 200 euros et à compter de l'assignation pour le surplus, conformément aux dispositions des articles 1231-6 et 1344-1 du code civil.
S'agissant de la caution, il convient de relever que l'acte de cautionnement a été limité à une durée d'un an, de sorte que la caution n'est tenue que des impayés jusqu'au 1er octobre 2023.
Il ressort du décompte versé au débat qu'à la date du 1er octobre 2023, la dette locative s'élevait à 2 500 euros.
En conséquence, M. [P] [F] sera condamné solidairement avec M. [C] [N] au paiement de la dette locative arrêté au 1er octobre soit, à la somme de 2.500 euros.
3. Sur l'indemnité d'occupation
En cas de maintien dans les lieux du locataire ou de toute personne de son chef malgré la résiliation du bail, une indemnité d'occupation sera due. Au regard du montant actuel du loyer et des charges, son montant sera provisoirement fixé à la somme mensuelle de 1 200 euros.
L'indemnité d'occupation est payable et révisable dans les mêmes conditions que l'étaient le loyer et les charges, à partir du 3 mars 2024, et ne cessera d'être due qu'à la libération effective des locaux avec remise des clés à Mme [X] [V] ou à son mandataire.
4. Sur les frais du procès et l'exécution provisoire
Aux termes de l'article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ; dans tous les cas, le juge tient compte de l'équité et de la situation économique de la partie condamnée.
M. [C] [N] et M. [P] [F], qui succombent à la cause, seront solidairement condamnés aux dépens de la présente instance, conformément à l'article 696 du code de procédure civile.
En revanche, compte tenu du fait que Mme [X] [V] s'est défendue elle-même, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande formée sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile.
Selon l'article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n'en dispose autrement. Selon le dernier alinéa de l'article 514-1 du même code, le juge ne peut toutefois pas écarter l'exécution provisoire de droit lorsqu'il statue en référé. La présente ordonnance sera donc assortie de l'exécution provisoire.
PAR CES MOTIFS,
La juge des contentieux de la protection, statuant après débats publics, par ordonnance mise à disposition au greffe, réputée contradictoire et en premier ressort,
CONSTATE que la dette locative visée dans le commandement de payer du 23 janvier 2024 n'a pas été réglée dans le délai de six semaines,
CONSTATE, en conséquence, que le contrat conclu le 28 septembre 2022 entre Mme [X] [V], d'une part, et M. [C] [N], d'autre part, concernant les locaux situés au [Adresse 3] à [Localité 4] est résilié depuis le 3 mars 2024,
DIT n'y avoir lieu d'octroyer des délais de paiement à M. [C] [N], sans préjudice des délais qui pourraient lui être accordés dans le cadre d'une procédure de surendettement,
ORDONNE à M. [C] [N] de libérer de sa personne, de ses biens, ainsi que de tous occupants de son chef, les lieux situés au [Adresse 3] à [Localité 4] ainsi que, le cas échéant, tous les lieux loués accessoirement au logement,
DIT qu'à défaut de libération volontaire, il pourra être procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef avec l'assistance de la force publique,
DIT que le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d'exécution,
RAPPELLE que l'expulsion ne pourra avoir lieu qu'hors période hivernale et à l'expiration d'un délai de deux mois suivant la délivrance d'un commandement d'avoir à libérer les lieux,
CONDAMNE M. [C] [N] au paiement d'une indemnité d'occupation mensuelle égale au loyer et aux charges qui auraient été dus en cas de poursuite du bail, soit 1 200 euros (mille deux cents euros) par mois,
DIT que cette indemnité d'occupation, qui se substitue au loyer dès le 3 mars 2024, est payable dans les mêmes conditions que l'étaient le loyer et les charges, jusqu'à libération effective des lieux et remise des clés à la bailleresse ou à son mandataire,
CONDAMNE M. [C] [N], solidairement avec M. [P] [F] dans la limite de 2.500 euros, à payer à Mme [X] [V] la somme de 9 700 euros (neuf mille sept cents euros) à titre de provision sur l'arriéré locatif arrêté au 13 mars 2024, avec intérêts au taux légal à compter du 23 janvier 2024 sur la somme de 7 200 euros et à compter de l'assignation pour le surplus,
RAPPELLE que la présente ordonnance est exécutoire de droit à titre provisoire,
DÉBOUTE Mme [X] [V] de sa demande au titre de l'article 700 du code de procédure civile,
CONDAMNE M. [C] [N], solidairement avec M. [P] [F], aux dépens de l'instance, comprenant notamment le coût des commandements de payer du 23 janvier 2024 et celui des assignations du 13 mars 2024.
Ainsi jugé par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024, et signé par la juge et la greffière susnommées.
La Greffière La Juge