Texte intégral
COUR D'APPEL DE COLMAR
Chambre 6 (Etrangers)
N° RG 23/01866 - N° Portalis DBVW-V-B7H-ICIN
N° de minute : 152/2023
ORDONNANCE
Nous, Catherine DAYRE, Conseiller à la Cour d'Appel de Colmar, agissant par délégation de la première présidente, assisté de Lorine FLEURET, greffier ;
Dans l'affaire concernant :
M. [V] [B]
né le 13 Janvier 2000 à [Localité 1] (ALGERIE) ([Localité 1])
de nationalité algérienne
Actuellement retenu au centre de rétention de [Localité 3]
VU les articles L.141-2 et L.141-3, L.251-1 à L.261-1, L.611-1 à L.614-19, L.711-2, L.721-3 à L.722-8, L.732-8 à L.733-16, L.741-1 à L.744-17, L.751-9 à L.754-1, L761-8, R.741-1, R.744-16, R.761-5 du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit d'Asile (CESEDA) ;
VU l'arrêté pris le 29 juin 2022 par LE PREFET DES BOUCHES DU RHÔNE faisant obligation à M. [V] [B] de quitter le territoire français ;
VU la décision de placement en rétention administrative prise le 20 mai 2023 par LE PREFET DU JURA à l'encontre de M. [V] [B], notifiée à l'intéressé le même jour à 20h30 ;
VU la requête de M. LE PREFET DU JURA datée du 22 mai 2023, reçue et enregistrée le même jour à 14h44 au greffe du tribunal, tendant à la prolongation de la rétention administrative pour une durée de 28 jours de M. [V] [B] ;
VU l'ordonnance rendue le 23 Mai 2023 à 10h05 par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Strasbourg déclarant la requête de M. LE PREFET DU JURA recevable et la procédure régulière, et ordonnant la prolongation de la rétention de M. [V] [B] au centre de rétention de [Localité 3], ou dans tout autre centre ne dépendant pas de l'administration pénitentiaire, pour une durée de 28 jours à compter du 22 mai 2023 ;
VU l'appel de cette ordonnance interjeté par M. [V] [B] par voie électronique reçue au greffe de la Cour le 23 Mai 2023 à 16h48 ;
VU la proposition de LE PREFET DU JURA par voie électronique reçue le 24 mai 2023 afin que l'audience se tienne par visioconférence,
VU les avis d'audience délivrés le 24 mai 2023 à l'intéressé, à Maître Charline LHOTE, avocat de permanence,, à M. LE PREFET DU JURA et à M. Le Procureur Général ;
Le représentant de M. LE PREFET DU JURA, intimé, dûment informé de l'heure de l'audience par courrier électronique du 24 mai 2023, n'a pas comparu, mais a fait parvenir des conclusions en date du 24 mai 2023, qui ont été communiquées au conseil de la personne retenue.
Après avoir entendu M. [V] [B] en ses déclarations par visioconférence, Maître Charline LHOTE, avocat au barreau de COLMAR, commise d'office, en ses observations pour le retenu, et à nouveau l'appelant qui a eu la parole en dernier.
MOTIFS DE LA DÉCISION :
Le juge des libertés et de la détention de Strasbourg, par ordonnance du 23 mai 2023, dont appel, a ordonné la prolongation de la rétention administrative de Monsieur [V] [B].
Pour statuer ainsi , le premier juge a constaté que l'éloignement n'avait pu être mis à exécution dans le délai de 48 heures ; que l'intéressé était démuni de passeport et d'adresse stable; qu'aucune critique n'était émise à l'encontre des diligences accomplies jusque là par l'administration .
A l'appui de son appel, visant à l'infirmation de l'ordonnance et à sa remise en liberté, Monsieur [V] [B] ,faisant valoir que les nouveaux moyens soulevés étaient recevables en application des articles 563 et 564 du code de procédure civile, a soulevé l'irrégularité de la requête en prolongation de sa rétention administrative.
Il a également invoqué le défaut de diligence de l'administration.
A l'audience, [V] [B] , assisté de son conseil a indiqué qu'il était en France depuis 2015 et qu'il résidait à [Localité 4] chez sa tante. Il a précisé avoir un enfant et travailler dans la fibre. Son conseil a repris les moyens figurants à la déclaration d'appel.
Le préfet du Jura, représenté , a conclu à la confirmation de l'ordonnance déférée.
Il a rappelé que par décision n°15-28795 du 13 juillet 2016, la Cour de cassation a pu constater que la présentation des parties est facultative et que le préfet peut utilement faire valoir son argumentation par un jeu d'écritures.
Il a conclu à la confirmation de l'ordonnance déférée.
Il fait valoir que les nouveaux moyens ne peuvent être soulevés que dans le délai d'appel et que les exceptions de procédure ne sont recevables qu'en tant qu'elles ont été soulevées in limine litis devant le premier juge.
Sur l'irrégularité, tirée de l'incompétence du signataire de la requête, il a indiqué que ce moyen n'a pas été soulevé devant le premier juge; qu'en application des articles 74 et 117 du Code de procédure civile, à peine d'irrecevabilité, aucune exception de nullité de fond (pouvoir du signataire) ne peut être soulevée après toute défense au fond ou fin de non-recevoir; que le moyen est donc irrecevable en appel ; qu'au surplus la délégation de signature avait pourtant été produite devant le juge des libertés et de la détention et permettait d'établir que le signataire avait compétence pour saisir le juge des libertés et de la détention d'une demande de prolongation de la rétention; que la question de l'empêchement du Préfet et des personnes placées sous son autorité était inopérante ; que la signature du délégataire emporte preuve d'indisponibilité des signataires de premier rang.
S'agissant des diligences effectuées, le préfet a fait valoir que la demande de laissez-passer consulaire avait été formée dans les 24 heures du placement en rétention administrative .
Sur quoi
Sur la recevabilité de l'appel
L'appel de Monsieur [V] [B] à l'encontre de l'ordonnance rendue le 23 mai 2023 à 10h05 par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Strasbourg, interjeté le 23 mai 2023 à 16h48, est recevable pour avoir été formé dans le délai prévu a l'article R 743-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la régularité de la requête en prolongation de la rétention administrative
Aux termes de l' article 117 du code de procédure civile, constitue une irrégularité de fond affectant la validité de l'acte, le défaut de capacité ou de pouvoir d'une personne assurant la représentation d'une partie en justice et, en vertu de l'article 118 du même code, elle peut être proposée en tout état de cause, y compris à hauteur d'appel.
Il sera relevé que, conformément à l'article 74 du code de procédure civile , l'irrégularité a bien été soulevé in limine litis.
Il convient donc d'examiner cette demande, même si elle n'a pas été invoquée devant le premier juge.
En application de l'article R743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le juge a l'obligation de vérifier la compétence du signataire de la requête.
En l'espèce, la requête en prolongation de la rétention administrative a été signée par Madame [Z] [F], secrétaire générale de la préfecture du Jura, laquelle est expressément déléguée pour présenter les requêtes en prolongation de rétention administrative, aux termes de l'arrêté préfectoral portant délégation, en date du 27 janvier 2023.
La preuve, par le préfet , de l'indisponibilité des signataires de premier rang n'est pas exigée par le texte et la signature du délégataire emporte preuve de leur empêchement.
Il s'ensuit que l'irrégularité soulevée n'est pas fondée.
Sur le bien fondé de la prolongation
Aux termes de l'article L742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le maintien en rétention au-delà de quarante-huit heures à compter de la notification de la décision de placement initiale peut être autorisé, pour une durée de vingt-huit jours par le juge des libertés et de la détention saisie à cette fin par l'autorité administrative.
Le texte n'impose aucune condition à cette prolongation, si ce n'est que, conformément à l'article L. 741-3 du code susvisé, l'administration effectue toutes les diligences nécessaires à l'éloignement de l'intéressé, en temps utile.
Il sera relevé que l'appelant ne précise pas à la cour en quoi, en l'espèce l'administration aurait manqué à son devoir de diligence, de sorte qu'il convient de constater le défaut réel de moyen.
L'administration établit qu'elle a saisi le consul d'Algérie à [Localité 2], le 22 mai 2023, d'une demande de laissez-passer consulaire ,de sorte qu'il ne peut lui être reproché aucun défaut de diligence.
Pour le surplus, la cour considère que c'est par une analyse circonstanciée et des motifs particulièrement pertinents, qu'il convient d'adopter, que le premier juge a considéré que Monsieur [V] [B] ne remplissait pas les conditions d'une assignation à résidence.
C'est donc à bon droit, que le premier juge a prolongé sa rétention administrative.
L'ordonnance déférée sera par conséquent confirmée .
PAR CES MOTIFS :
DÉCLARONS l'appel de M. [V] [B] recevable en la forme ;
au fond, le REJETONS ;
CONFIRMONS l'ordonnance rendue par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Strasbourg le 23 Mai 2023 ;
RAPPELONS à l'intéressé les droits qui lui sont reconnus pendant la rétention :
- il peut demander l'assistance d'un interprète, d'un conseil ainsi que d'un médecin,
- il peut communiquer avec son consulat et avec une personne de son choix ;
DISONS avoir informé M. [V] [B] des possibilités et délais de recours contre les décisions le concernant.
Prononcé à Colmar, en audience publique, le 24 Mai 2023 à 15h00, en présence de
- l'intéressé par visio-conférence
- Maître Charline LHOTE, conseil de M. [V] [B]
Le greffier, Le président,
reçu notification et copie de la présente,
le 24 Mai 2023 à 15h05
l'avocat de l'intéressé
Maître Charline LHOTE
l'intéressé
M. [V] [B]
né le 13 Janvier 2000 à [Localité 1] (ALGERIE) ([Localité 1])
l'avocat de la préfecture
EXERCICE DES VOIES DE RECOURS :
- pour information : l'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition,
- le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d'attente ou en rétention et au ministère public,
- le délai du pourvoi en cassation est de deux mois à compter du jour de la notification de la décision, ce délai étant augmenté de deux mois lorsque l'auteur du pourvoi demeure à l'étranger,
- le pourvoi en cassation doit être formé par déclaration au Greffe de la Cour de cassation qui doit être obligatoirement faite par un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation,
- l'auteur d'un pourvoi abusif ou dilatoire peut être condamné à une amende civile,
- ledit pourvoi n'est pas suspensif.
La présente ordonnance a été, ce jour, communiquée :
- au CRA de [Localité 3] pour notification à M. [V] [B]
- à Maître Charline LHOTE
- à M. LE PREFET DU JURA
- à la SELARL CENTAURE AVOCATS
- à M. Le Procureur Général près la Cour de ce siège.
Le Greffier
M. [V] [B] reconnaît avoir reçu notification de la présente ordonnance
le À heures
Signature de l'intéressé
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