Texte intégral
N° RC 24/01738
Minute n° 24/696
_____________
Soins psychiatriques relatifs à
Mme [O] [P]
________
ADMISSION EN CAS DE PÉRIL IMMINENT
MINUTES DU TRIBUNAL JUDICIAIRE DE NANTES
__________________________________
ORDONNANCE DU
JUGE DES LIBERTÉS ET DE LA DÉTENTION
DU 24 Septembre 2024
____________________________________
Juge des libertés et de la détention : Marie-Sygne BUNOT-ROUILLARD
Greffière : Sarah LE BAIL
Débats à l’audience du 24 Septembre 2024 CH SPECIALISE DE [Localité 1]
DEMANDEUR :
CH UNIVERSITAIRE DE [Localité 2] [3]
Comparant en la personne de Mme [S]
DÉFENDEUR :
Personne bénéficiant des soins :
Mme [O] [P]
Non comparante - certificat médical en date du 20 septembre 2024 - bien que régulièrement convoquée et représentée par Me Maud GAZEAU, avocat au barreau de NANTES,
commis d’office
Actuellement hospitalisée au CH UNIVERSITAIRE DE [Localité 2] [3]
Ministère Public :
Avisé, non comparant,
Observations écrites de Céline MATTHIEU-VARENNES, en date du 23 septembre 2024
Nous, Marie-Sygne BUNOT-ROUILLARD, Vice-Présidente, juge des libertés et de la détention, chargé(e) du contrôle des mesures privatives et restrictives de libertés prévues par le Code de la Santé Publique, assisté de Sarah LE BAIL, Greffière, statuant en audience publique,
Vu l’acte de saisine émanant de Monsieur le Directeur du CH UNIVERSITAIRE DE [Localité 2] [3] en date du 23 Septembre 2024, reçu au Greffe le 23 Septembre 2024, concernant Mme [O] [P] et tendant à la poursuite de la mesure d’hospitalisation complète dont cette personne fait l’objet sur le fondement des articles L 3212-1 et suivants du Code de la santé publique,
Vu les articles L 3211-1, L 3211-12-1 et suivants et R 3211-7 et suivants du Code de la santé publique,
Vu les avis et pièces transmises par le directeur de l’établissement,
Vu les convocations régulières à l’audience du 24 Septembre 2024 de Mme [O] [P], de son conseil, du directeur du CH UNIVERSITAIRE DE [Localité 2] [3], et les avis d’audience donnés au Procureur de la République,
EXPOSÉ DE LA SITUATION :
[O] [P] a été admise en hospitalisation complète sans son consentement sur décision du directeur de l’établissement de santé selon la procédure prévue à l’article L.3212-1 II 2° du Code de la santé publique en cas de péril imminent pour la santé de la personne à compter du 16 septembre 2024 avec maintien en date du 18 septembre 2024.
Par requête reçue au greffe le 20 septembre 2024, le directeur de l’établissement a saisi le juge aux fins de poursuite de la mesure d’hospitalisation complète à l’égard de [O] [P].
Suivant avis psychiatrique en date du 20 septembre 2024 complété par un certificat de situation du 23 septembre 2024 d’un autre psychiatre, le Dr [R] - qui atteste ne pas participer à la prise en charge de [O] [P] - indique que des motifs médicaux font obstacle, dans son intérêt, à son audition à l’audience.
Les parties ont été convoquées à l’audience et les avis adressés.
Le procureur de la République a fait connaître son avis tendant au maintien de la mesure par observations écrites en date du 23 septembre 2024.
A l’audience, la représentante du directeur de l’établissement soutient sa requête et objecte au moyen soulevé en défense que l’irrégularité invoquée n’est pas constituée dans la mesure où le délai de 72 heures est un délai maximal.
Le conseil de [O] [P] demande la main-levée de la mesure d’hospitalisation complète en raison de l’irrégularité de la procédure de soins psychiatriques sans consentement résultant de l’établissement du certificat des 72 heures à 48 heures et s’en rapporte, au fond, à l’appréciation du juge, faute d’avoir pu échanger avec [O] [P].
MOTIFS DE LA DECISION :
Vu les articles L.3211-12-2 et R3211-12 du Code de la santé publique ;
En l’état de l’avis psychiatrique du Dr [R] précité et du certificat de situation du 23 septembre 2024 du Dr [N] , il était justifié, dans l’intérêt de [O] [P], de ne pas procéder à son audition en l’état des motifs médicaux qui seront ci- dessous développés.
Selon l’article L.3212-1 du Code de la santé publique, une personne atteinte de troubles psychiques ne peut faire l’objet de soins psychiatriques sur la décision du directeur d’un établissement de santé que lorsque deux conditions sont réunies :
- ses troubles psychiques rendent impossible son consentement,
- son état mental impose des soins immédiats assortis soit d’une surveillance médicale constante justifiant une hospitalisation complète, soit d’une surveillance régulière justifiant une prise en charge en hospitalisation à temps partiel, ou sous la forme d’un programme de soins ambulatoires ou à domicile.
Les dispositions de l’article L.3211-12-1 du même Code exigent que la poursuite au-delà de douze jours de l’hospitalisation sans son consentement d’un patient fasse l’objet d’un examen par le Juge saisi par le directeur de l’établissement, s’agissant d’une hospitalisation en raison d’un péril imminent pour sa santé.
L’article R.3211-24 dispose d’ailleurs que l’avis médical joint à la saisine du juge doit décrire avec précision les manifestations des troubles mentaux dont est atteinte la personne qui bénéficie de soins psychiatriques et les circonstances particulières qui, toutes deux, rendent nécessaire la poursuite de l'hospitalisation complète au regard des conditions posées par l’article L. 3212-1 précité.
Le juge contrôle donc la régularité formelle de l’ensemble de la procédure de soins psychiatriques sans consentement sous la forme de l’hospitalisation complète et la réunion des conditions de fond de cette dernière au regard de sa nécessité et de la proportionnalité de la privation de liberté ainsi imposée à la personne hospitalisée.
Sur la régularité de la procédure :
L’article L3211-2-2 du Code de la santé publique exige qu’un certificat médical soit établi dans les 72 heures suivant l’admission et non à la soixante-douzième heure, en sorte qu’il s’agit d’un délai maximal qui ne doit pas être dépassé sans prohiber que ce certificat soit établi comme ici à proximité des 48 heures suivant l’admission.
L'ensemble des certificats médicaux, décisions d'admission et de maintien et notifications étant produits aux débats, la procédure est régulière en la forme et cette régularité n'a pas été plus amplement discutée en défense.
Sur la réunion des conditions de fond :
Il résulte du certificat initial joint à la saisine émanant du Dr [G] en date du 16 septembre 2024 que [O] [P] présentait lors de son admission des troubles psychiques nécessitant des soins immédiats (syndrome délirant, hallucinations, trouble dissociatif, hétéro-agressivité) auxquels son état ne lui permettait pas de consentir et qu’il existait un péril imminent pour sa santé en raison des troubles ainsi présentés.
Par avis psychiatrique motivé du Dr [R] en date du 20 septembre 2024 joint à la saisine, sont décrits la persistance de la désorganisation psychique avec une imprévisibilité et des bizarreries de comportement importantes, une très faible accessibilité à l’échange et une incapacité à consentir aux soins. Le maintien de l’hospitalisation complète est préconisé.
Par certificat de situation du 23 septembre 2024, le Dr [N] confirme l’état de désorganisation psychique avancé présenté par [O] [P] et relève aussi la présence de barrages et de mouvements à l’égard de l’interlocuteur entravant les interactions, de rires immotivés ainsi que d’idées de persécution, une absence de conscience de son état psychique malgré l’acceptation des traitements.
Aucun élément plus récent n’est versé aux débats venant en infirmer la pertinence à ce jour.
En l’état, au vu des dernières constatations médicales et des débats à l'audience, il apparaît donc que des soins doivent encore être dispensés à [O] [P] de façon contrainte, dans son intérêt, et sous surveillance constante notamment en raison de la persistance des symptômes de sa pathologie.
Dans ces conditions, l’hospitalisation complète ne peut qu’être maintenue.
PAR CES MOTIFS,
Statuant publiquement, par décision rendue en premier ressort,
Rejetons le moyen d’irrégularité de la procédure soulevé en défense ;
Autorisons le maintien de l’hospitalisation complète de [O] [P] au CH UNIVERSITAIRE DE [Localité 2] [3] ;
Rappelons que cette mesure sera réexaminée par l’équipe médicale et la direction de l’établissement dès lors que les conditions le permettront ;
Rappelons que cette décision peut être frappée d’appel dans un délai de 10 jours à compter du jour de réception de sa notification et que le recours doit être formé par déclaration motivée transmise par tout moyen au greffe de la cour d’appel de Rennes;
Disons que la présente décision est assortie de plein droit de l’exécution provisoire ;
Laissons les dépens à la charge du Trésor Public.
La Greffière Le Juge des libertés et de la détention
Sarah LE BAIL Marie-Sygne BUNOT-ROUILLARD
Copie conforme de la présente ordonnance a été délivrée le 25 Septembre 2024 à :
- Mme [O] [P]
- Me Maud GAZEAU
- M. le Procureur de la République
- Monsieur le Directeur du CH UNIVERSITAIRE DE [Localité 2] [3]
La greffière,
Besoin d'analyser cette décision en profondeur ?
Berlioz peut résumer, comparer et extraire les informations clés de cette décision pour votre dossier.
Sans engagement • Annulation à tout moment