Texte intégral
COUR D'APPEL D'AIX-EN-PROVENCE
CHAMBRE 1-11, Rétention Administrative
ORDONNANCE
DU 01 JUIN 2024
N° 2024/752
N° RG 24/00752 - N° Portalis DBVB-V-B7I-BNDUE
Copie conforme
délivrée le 01 Juin 2024 par courriel à :
-l'avocat
-le préfet
-le CRA
-le JLD/TJ
-le retenu
-le MP
Décision déférée à la Cour :
Ordonnance rendue par le Juge des libertés et de la détention de NICE en date du 30 Mai 2024 à 15h56.
APPELANT
Monsieur [E] [V]
né le 06 Mai 1993 à [Localité 6] (TUNISIE)
de nationalité Tunisienne
Comparant, assisté de Maître Caroline BREMOND, avocat au barreau d'Aix-en-Provence, commis d'office et de Monsieur [P] [O], interprète en langue arabe, inscrit sur la liste des experts de la cour d'appel d'Aix-en-Provence.
INTIMÉ
MONSIEUR LE PRÉFET DU [Localité 9]
Représenté par Monsieur [X] [M]
MINISTÈRE PUBLIC
Avisé et non représenté
******
DÉBATS
L'affaire a été débattue en audience publique le 01 Juin 2024 devant Madame Elisabeth TOULOUSE, Présidente de chambre à la cour d'appel délégué e par le premier président par ordonnance, assistée de Mme Karelle ALMERAS, greffière,
ORDONNANCE
Contradictoire,
Prononcée par mise à disposition au greffe le 01 Juin 2024 à 16 h 00,
Signée par Madame Elisabeth TOULOUSE, Présidente de chambre et Mme Karelle ALMERAS, greffière
PROCÉDURE ET MOYENS
Vu les articles L 740-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;
Vu l'arrêté préfectoral du 10 mai 2022 pris par le préfet des [Localité 4] portant obligation de quitter le territoire français;
Vu l'arrêté portant obligation de quitter le territoire national pris le 05 octobre 2023 par le prefét des [Localité 4], notifié le même jour à 22h49 ;
Vu l'interdiction du territoire nationale de 5 ans prononcée le 06 octobre 2023 par le Tribunal Correctionnel de Marseille;
Vu l'arrêté préfectoral fixant le pays de destination, pris le 29 avril 2024 ;
Vu la décision de placement en rétention prise le 29 avril 2024 par le préfet des du [Localité 9] notifiée le 30 avril 2024 à 9h17;
Vu l'ordonnance du 30 Mai 2024 rendue par le Juge des libertés et de la détention de NICE décidant le maintien de Monsieur [E] [V] dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire ;
Vu l'appel interjeté le 31 Mai 2024 à 11h40 par Monsieur [E] [V] ;
Monsieur [E] [V] a comparu et a été entendu en ses explications ;
Son avocat a été régulièrement entendu ;
Le représentant de la préfecture sollicite la confirmation de la décision.
MOTIFS DE LA DÉCISION
La recevabilité de l'appel contre l'ordonnance du juge des libertés et de la détention n'est pas contestée et les éléments du dossier ne font pas apparaître d'irrégularité.
MOTIVATION :
M.[E] [V] a été l'objet d'un arrêté du Préfet du 30 avril 2024 notifié le jour même emportant obligation de quitter le territoire national français et d'un arrêté de placement en rétention administrative pris le même jour.
Il a interjeté appel de l'ordonnance rendue par le juge des libertés et de la détention de Nice le 30 mai 2024 accordant la prolongation de rétention administrative sur une seconde demande après une première ordonnance du 3 mai 2024.
Sur l'audience M.[V] a demandé à ce que lui soit donnée une dernière chance de partir seul dans les 24h. Il a précisé être en France depuis 4 ans et avoir ses s'urs et sa mère en Tunisie. Il voudrait aller en Italie et faire des papiers.
Son conseil soutient sa remise en liberté en ce que sa détention ne peut être fondée sur la notion d'ordre public. Il ajoute que malgré diligences de l'Administration qui a justifié de ses démarches, il y a une très forte probabilité pour que cette prolongation supplémentaire ne permette pas d'organiser son retour.
Sur le fond:
Il est fait grief en premier lieu à la décision de placement en rétention d'être fondé sur l'ordre public et il sera observé que le premier juge n'a pas s'agissant d'une deuxième prolongation répondu à cette demande qui vise en effet à contester la décision de placement en rétention validée par la première ordonnance de maintien en rétention et sa confirmation le 6 mai 2024.
En second lieu, il est fait grief au premier juge d'avoir prolongé la rétention alors qu'il n'existe aucune perspective de retour.
Selon la directive dite « retour » n° 2008-115/CE du 16 décembre 2008, en son article 15 §1, 'toute rétention est aussi brève que possible et n'est maintenue qu'aussi longtemps que le dispositif d'éloignement est en cours et exécuté avec toute la diligence requise'.
Ce même article, en son §4, précise : « Lorsqu'il apparaît qu'il n'existe plus de perspective raisonnable d'éloignement pour des considérations d'ordre juridique ou autres ou que les conditions énoncées au paragraphe 1 ne sont plus réunies, la rétention ne se justifie plus et la personne concernée est immédiatement remise en liberté ».
Il résulte par ailleurs de l'article L. 741-3 du CESEDA qu'un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ, l'administration étant tenue d'exercer toutes diligences à cet effet, dès le placement en rétention.
Il appartient au juge judiciaire, constitutionnellement gardien des libertés individuelles, de s'assurer du caractère suffisant des diligences de l'administration ; à défaut, la mainlevée de la mesure doit être ordonnée.
De l'examen des pièces de la procédure il ressort que:
le Consulat général de Tunisie a été saisi avant la sortie de M.[V] de détention
M.[V] a été l'objet d'une audition par les Services consulaires Tunisien le 17 mai 2024
l'Administration a relancé le Consulat général le 30 mai 2024,
l'Administration reste dans l'attente de la réponse officielle.
Il s'en déduit que l'Administration française a respecté son obligation dés lors qu'il est de jurisprudence constante que le Préfet n'a aucun pouvoir de contrainte sur les autorités consulaires pour effectuer une relance après une saisine du consulat et qu' il ne peut lui être reproché que la saisine soit restée sans réponse.
Dans le cas d'une seconde prolongation, il appartient au juge judiciaire d'apprécier la nécessité du maintien en rétention et de mettre fin à la rétention administrative, lorsque les circonstances de droit ou de fait le justifient.
En l'espèce, hormis l'affirmation de M.[V] que les Autorités Tunisienne ne donneront pas de réponse en temps voulu, il convient par ailleurs d'examiner la situation personnelle de l'intéressé.
Il ne présente pas de passeport en cours de validité et sa famille est en Tunisie. Il ne donne aucune adresse fixe.
Ainsi dépourvu de passeport, sans adresse ni domicile fixe, ne disposant d'aucun revenu il ne peut être l'objet d'une assignation à résidence.
Il s'en déduit que les circonstances de droit et de fait justifient la prolongation de la rétention administrative aux fins d'exécution de l'obligation de quitter le territoire national français .
Par voie de conséquence l'ordonnance déférée mérite de confirmation en toutes ses dispositions.
PAR CES MOTIFS
Statuant publiquement par décision Contradictoire en dernier ressort, après débats en audience publique,
Confirmons l'ordonnance du Juge des libertés et de la détention de NICE en date du 30 Mai 2024 en toutes ses dispositions soumises à la cour.
Les parties sont avisées qu'elles peuvent se pourvoir en cassation contre cette ordonnance dans un délai de 2 mois à compter de cette notification, le pourvoi devant être formé par déclaration au greffe de la Cour de cassation, signé par un avocat au conseil d'Etat ou de la Cour de cassation.
La greffière La présidente
Reçu et pris connaissance le :
Monsieur [E] [V]
né le 06 Mai 1993 à [Localité 6] (TUNISIE)
de nationalité Tunisienne
Assisté d'un interprète
COUR D'APPEL D'AIX-EN-PROVENCE
Chambre 1-11, Rétentions Administratives
[Adresse 8]
Téléphone : [XXXXXXXX02] - [XXXXXXXX03] - [XXXXXXXX01]
Courriel : [Courriel 5]
Aix-en-Provence, le 01 Juin 2024
À
- Monsieur le préfet du [Localité 9]
- Monsieur le directeur du centre de rétention administrative de [Localité 7]
- Monsieur le procureur général
- Monsieur le greffier du Juge des libertés et de la détention de NICE
- Maître Caroline BREMOND
NOTIFICATION D'UNE ORDONNANCE
J'ai l'honneur de vous notifier l'ordonnance ci-jointe rendue le 01 Juin 2024, suite à l'appel interjeté par :
Monsieur [E] [V]
né le 06 Mai 1993 à [Localité 6] (TUNISIE)
de nationalité Tunisienne
Je vous remercie de m'accuser réception du présent envoi.
Le greffier,
VOIE DE RECOURS
Nous prions Monsieur le directeur du centre de rétention administrative de bien vouloir indiquer au retenu qu'il peut se pourvoir en cassation contre cette ordonnance dans un délai de 2 mois à compter de cette notification, le pourvoi devant être formé par déclaration au greffe de la Cour de cassation.
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